miércoles, 22 de marzo de 2017

s´engager

INDIGNEZ-VOUS
De Stéphane Hessel
93 ans. C'est un peu la toute dernière étape. La fin n'est plus bien loin. Quelle chance de pouvoir en profiter pour rappeler ce qui a servi de socle à mon engagement politique : les années de résistance et le programme élaboré il y a soixante-six ans par le Conseil National de la Résistance ! C'est à Jean Moulin que nous devons, dans le cadre de ce Conseil, la réunion de toutes les composantes de la France occupée, les mouvements, les partis, les syndicats, pour proclamer leur adhésion à la France combattante et au seul chef qu'elle se reconnaissait : le général de Gaulle. De Londres où j'avais rejoint le général de Gaulle en mars 1941, j'apprenais que ce Conseil avait mis au point un programme, l'avait adopté le 15 mars 1944, proposé pour la France libérée un ensemble de principes et de valeurs sur lesquels reposerait la démocratie moderne de notre pays1.
De ces principes et de ces valeurs, nous avons aujourd'hui plus que jamais besoin. Il nous appartient de veiller tous ensemble à ce que notre société reste une société dont nous soyons fiers : pas cette société des sans-papiers, des expulsions, des soupçons à l'égard des immigrés, pas cette société où l'on remet en cause les retraites, les acquis de la Sécurité sociale, pas cette société où les médias sont entre les mains des nantis, toutes choses que nous aurions refusé de cautionner si nous avions été les véritables héritiers du Conseil National de la Résistance.
A partir de 1945, après un drame atroce, c'est une ambitieuse résurrection à laquelle se livrent les forces présentes au sein du Conseil de la Résistance. Rappelons-le, c'est alors qu'est créée la Sécurité sociale comme la Résistance le souhaitait, comme son programme le stipulait : « Un plan complet de Sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens
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des moyens d'existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail » ; « une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours. » Les sources d'énergie, l'électricité et le gaz, les charbonnages, les grandes banques sont nationalisées. C'est ce que ce programme préconisait encore, « le retour à la nation des grands moyens de production monopolisés, fruit du travail commun, des sources d'énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d'assurance et des grandes banques » ;
« l'instauration d'une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l'éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l'économie ». L'intérêt général doit primer sur l'intérêt particulier, le juste partage des richesses créées par le monde du travail primer sur le pouvoir de l'argent. La Résistance propose
« une organisation rationnelle de l'économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l'intérêt général et affranchie de la dictature professionnelle instaurée à l'image des États fascistes », et le Gouvernement provisoire de la République s'en fait le relais.
Une véritable démocratie a besoin d'une presse indépendante ; la Résistance le sait, l'exige, en défendant
« la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l'égard de l'État, des puissances d'argent et des influences étrangères. » C'est ce que relaient encore les ordonnances sur la presse, dès 1944. Or, c'est bien ce qui est aujourd'hui en danger.
La Résistance en appelait à « la possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l'instruction la plus développée », sans discrimination ; or, les réformes proposées en 2008 vont à l'encontre de ce projet. De jeunes enseignants, dont je soutiens l'action, ont été jusqu'à refuser de les appliquer et ils ont vu leurs salaires amputés en guise de punition. Ils se sont indignés, ont « désobéi », ont jugé ces réformes trop éloignées de l'idéal de l'école républicaine, trop au service d'une société de
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l'argent et ne développant plus assez l'esprit créatif et critique.
C'est tout le socle des conquêtes sociales de la Résistance qui est
aujourd'hui remis en cause2.
Le motif de la résistance, c'est l'indignation.
On ose nous dire que l'État ne peut plus assurer les coûts de ces mesures citoyennes. Mais comment peut-il manquer aujourd'hui de l'argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l'Europe était ruinée ? Sinon parce que le pouvoir de l'argent, tellement combattu par la Résistance, n'a jamais été aussi grand, insolent, égoïste, avec ses propres serviteurs jusque dans les plus hautes sphères de l'État. Les banques désormais privatisées se montrent d'abord soucieuses de leurs dividendes, et des très haut salaires de leurs dirigeants, pas de l'intérêt général. L'écart entre les plus pauvres et les plus riches n'a jamais été aussi important ; et la course à l'argent, la compétition, autant encouragée.
Le motif de base de la Résistance était l'indignation. Nous, vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la Résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez- vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie.
Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous, d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux. Quand quelque chose vous indigne comme j'ai été indigné par le nazisme, alors on devient militant, fort et engagé. On rejoint ce courant de l'histoire et le grand courant de l'histoire doit se poursuivre grâce à chacun. Et ce courant va vers plus de justice, plus de liberté mais pas cette liberté incontrôlée du renard dans le poulailler. Ces droits, dont la Déclaration universelle a rédigé le programme en 1948,
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sont universels. Si vous rencontrez quelqu'un qui n'en bénéficie pas, plaignez-le, aidez-le à les conquérir.
Deux visions de l'histoire
Quand j'essaie de comprendre ce qui a causé le fascisme, qui a fait que nous ayons été envahis par lui et par Vichy, je me dis que les possédants, avec leur égoïsme, ont eu terriblement peur de la révolution bolchévique. Ils se sont laissés guider par leurs peurs. Mais si, aujourd'hui comme alors, une minorité active se dresse, cela suffira, nous aurons le levain pour que la pâte lève. Certes, l'expérience d'un très vieux comme moi, né en 1917, se différencie de l'expérience des jeunes d'aujourd'hui. Je demande souvent à des professeurs de collège la possibilité d'intervenir auprès de leurs élèves, et je leur dis : vous n'avez pas les mêmes raisons évidentes de vous engager. Pour nous, résister, c'était ne pas accepter l'occupation allemande, la défaite. C'était relativement simple. Simple comme ce qui a suivi, la décolonisation. Puis la guerre d'Algérie. Il fallait que l'Algérie devienne indépendante, c'était évident. Quant à Staline, nous avons tous applaudi à la victoire de l'Armée rouge contre les nazis, en 1943. Mais déjà lorsque nous avions eu connaissance des grands procès staliniens de 1935, et même s'il fallait garder une oreille ouverte vers le communisme pour contrebalancer le capitalisme américain, la nécessité de s'opposer à cette forme insupportable de totalitarisme s'était imposée comme une évidence. Ma longue vie m'a donné une succession
de raisons de m'indigner.
Ces raisons sont nées moins d'une émotion que d'une volonté
d'engagement. Le jeune normalien que j'étais a été très marqué par Sartre, un aîné condisciple. La Nausée, Le Mur, pas L'Être et le néant, ont été très importants dans la formation de ma pensée. Sartre nous a appris à nous dire : « Vous êtes responsables en tant qu'indi- vidus. » C'était un message libertaire. La responsabilité de l'homme qui ne peut s'en remettre ni à un pouvoir ni à un dieu. Au contraire, il faut
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s'engager au nom de sa responsabilité de personne humaine. Quand je suis entré à l'École normale de la rue d'Ulm, à Paris, en 1939, j'y entrais comme fervent disciple du philosophe Hegel, et je suivais le séminaire de Maurice Merleau-Ponty. Son enseignement explorait l'expérience concrète, celle du corps et de ses relations avec le sens, grand singulier face au pluriel des sens. Mais mon optimisme naturel, qui veut que tout ce qui est souhaitable soit possible, me portait plutôt vers Hegel. L'hégélianisme interprète la longue histoire de l'humanité comme ayant un sens : c'est la liberté de l'homme progressant étape par étape. L'histoire est faite de chocs successifs, c'est la prise en compte de défis. L'histoire des sociétés progresse, et au bout, l'homme ayant atteint sa liberté complète, nous avons l'État démocratique dans sa forme idéale.
Il existe bien sûr une autre conception de l'histoire. Les progrès faits par la liberté, la compétition, la course au "toujours plus", cela peut être vécu comme un ouragan destructeur. C'est ainsi que la représente un ami de mon père, l'homme qui a partagé avec lui la tâche de traduire en allemand À la Recherche du temps perdu de Marcel Proust. C'est le philosophe allemand Walter Benjamin. Il avait tiré un message pessimiste d'un tableau du peintre suisse, Paul Klee, l'Angelus Novus, où la figure de l'ange ouvre les bras comme pour contenir et repousser une tempête qu'il identifie avec le progrès. Pour Benjamin qui se suicidera en septembre 1940 pour fuir le nazisme, le sens de l'histoire, c'est le cheminement irrésistible de catastrophe en catastrophe.
L'indifférence : la pire des attitudes
C'est vrai, les raisons de s'indigner peuvent paraître aujourd'hui moins
nettes ou le monde trop complexe. Qui commande, qui décide ? Il n'est pas toujours facile de distinguer entre tous les courants qui nous gouvernent. Nous n'avons plus affaire à une petite élite dont nous comprenons clairement les agissements. C'est un vaste monde, dont
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nous sentons bien qu'il est interdépendant. Nous vivons dans une inter connectivité comme jamais encore il n'en a existé. Mais dans ce monde, il y a des choses insupportables. Pour le voir, il faut bien regarder, chercher. Je dis aux jeunes : cherchez un peu, vous allez trouver. La pire des attitudes est l'indifférence, dire « je n'y peux rien, je me débrouille ». En vous comportant ainsi, vous perdez l'une des composantes essentielles qui fait l'humain. Une des composantes indispensables : la faculté d'indignation et l'engagement qui en est la conséquence.
On peut déjà identifier deux grands nouveaux défis :
1. L'immense écart qui existe entre les très pauvres et les très riches et
qui ne cesse de s'accroître. C'est une innovation des XX` et XXI` siècle. Les très pauvres dans le monde d'aujourd'hui gagnent à peine deux dollars par jour. On ne peut pas laisser cet écart se creuser encore. Ce constat seul doit susciter un engagement.
2. Les droits de l'homme et l'état de la planète. J'ai eu la chance après la Libération d'être associé à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l'homme adoptée par l'Organisation des Nations unies, le 10 décembre 1948, à Paris, au palais de Chaillot. C'est au titre de chef de cabinet de Henri Laugier, secrétaire général adjoint de l'ONU, et secrétaire de la Commission des Droits de l'homme que j'ai, avec d'autres, été amené à participer à la rédaction de cette déclaration. Je ne saurais oublier, dans son élaboration, le rôle de René Cassin, commissaire national à la Justice et à l'Éducation du gouvernement de la France libre, à Londres, en 1941, qui fut prix Nobel de la paix en 1968, ni celui de Pierre Mendès France au sein du Conseil économique et social à qui les textes que nous élaborions étaient soumis, avant d'être examinés par la Troisième commission de l'assemblée générale, en charge des questions sociales, humanitaires et culturelles. Elle comptait les cinquante-quatre États membres, à l'époque, des Nations unies, et j'en assurais le secrétariat. C'est à René Cassin que nous devons le terme de droits «
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universels » et non « internationaux » comme le proposaient nos amis anglo-saxons. Car là est bien l'enjeu au sortir de la seconde guerre mondiale : s'émanciper des menaces que le totalitarisme a fait peser sur l'humanité. Pour s'en émanciper, il faut obtenir que les États membres de l'ONU s'engagent à respecter ces droits universels. C'est une manière de déjouer l'argument de pleine souveraineté qu'un État peut faire valoir alors qu'il se livre à des crimes contre l'humanité sur son sol. Ce fut le cas d'Hitler qui s'estimait maître chez lui et autorisé à provoquer un génocide. Cette déclaration universelle doit beaucoup à la révulsion universelle envers le nazisme, le fascisme, le totalitarisme, et même, par notre présence, à l'esprit de la Résistance. Je sentais qu'il fallait faire vite, ne pas être dupe de l'hypocrisie qu'il y avait dans l'adhésion proclamée par les vainqueurs à ces valeurs que tous n'avaient pas l'intention de promouvoir loyalement, mais que nous tentions de leur imposer 3.
Je ne résiste pas à l'envie de citer l'article 15 de la Déclaration universelle des Droits de l'homme : « Tout individu a droit à une nationalité » ; l'article 22 : « Toute personne, en tant que membre de la société, a droit à la Sécurité sociale ; elle est fondée à obtenir la satisfaction des droits économiques, sociaux et culturels indispensables à sa dignité et au libre développement de sa personnalité, grâce à l'effort national et à la coopération internationale, compte tenu de l'organisation et des ressources de chaque pays. » Et si cette déclaration a une portée déclarative, et non pas juridique, elle n'en a pas moins joué un rôle puissant depuis 1948 ; on a vu des peuples colonisés s'en saisir dans leur lutte d'indépendance ; elle a ensemencé les esprits dans leur combat pour la liberté.
Je constate avec plaisir qu'au cours des dernières décennies se sont multipliés les organisations non gouvernementales, les mouvements sociaux comme Attac (Association pour la taxation des transactions
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financières), la FIDH (Fédération internationale des Droits de l'homme), Amnesty... qui sont agissants et performants. Il est évident que pour être efficace aujourd'hui, il faut agir en réseau, profiter de tous les moyens modernes de communication.
Aux jeunes, je dis : regardez autour de vous, vous y trouverez les thèmes qui justifient votre indignation — le traitement faits aux immigrés, aux sans-papiers, aux Roms. Vous trouverez des situations concrètes qui vous amènent à donner cours à une action citoyenne forte. Cherchez et vous trouverez !
Mon indignation à propos de la Palestine
Aujourd'hui, ma principale indignation concerne la Palestine, la bande de Gaza, la Cisjordanie. Ce conflit est la source même d'une indignation. Il faut absolument lire le rapport Richard Goldstone de septembre 2009 sur Gaza, dans lequel ce juge sud-africain, juif, qui se dit même sioniste, accuse l'armée israélienne d'avoir commis des « actes assimilables à des crimes de guerre et peut-être, dans certaines circonstances, à des crimes contre l'humanité » pendant son opération "Plomb durci" qui a duré trois semaines. Je suis moi-même retourné à Gaza, en 2009, où j'ai pu entrer avec ma femme grâce à nos passeports diplomatiques afin d'étudier de visu ce que ce rapport disait. Les gens qui nous accompagnaient n'ont pas été autorisés à pénétrer dans la bande de Gaza. Là et en Cisjordanie. Nous avons aussi visité les camps de réfugiés palestiniens mis en place dès 1948 par l'agence des Nations unies, l'UNRWA, où plus de trois millions de Palestiniens chassés de leurs terres par Israël attendent un retour de plus en plus problématique. Quant à Gaza, c'est une prison à ciel ouvert pour un million et demi de Palestiniens. Une prison où ils s'organisent pour survivre. Plus encore que les destructions matérielles comme celle de l'hôpital du Croissant rouge par "Plomb durci", c'est le comportement des Gazaouis, leur patriotisme, leur amour de la mer et des plages, leur constante préoccupation du bien-être de leurs enfants,
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innombrables et rieurs, qui hantent notre mémoire. Nous avons été impressionnés par leur ingénieuse manière de faire face à toutes les pénuries qui leur sont imposées. Nous les avons vu confectionner des briques faute de ciment pour reconstruire les milliers de maisons détruites par les chars. On nous a confirmé qu'il y avait eu mille quatre cents morts — femmes, enfants, vieillards inclus dans le camp palestinien — au cours de cette opération "Plomb durci" menée par l'armée israélienne, contre seulement cinquante blessés côté israélien. Je partage les conclusions du juge sud-africain. Que des Juifs puissent perpétrer eux-mêmes des crimes de guerre, c'est insupportable. Hélas, l'histoire donne peu d'exemples de peuples qui tirent les leçons de leur propre histoire.
Je sais, le Hamas qui avait gagné les dernières élections législatives n'a pas pu éviter que des rockets soient envoyées sur les villes israéliennes en réponse à la situation d'isolement et de blocus dans laquelle se trouvent les Gazaouis. Je pense bien évidemment que le terrorisme est inacceptable, mais il faut reconnaître que lorsque l'on est occupé avec des moyens militaires infiniment supérieurs aux vôtres, la réaction populaire ne peut pas être que non-violente.
Est-ce que ça sert le Hamas d'envoyer des rockets sur la ville de Sdérot ? La réponse est non. Ça ne sert pas sa cause, mais on peut expliquer ce geste par l'exaspération des Gazaouis. Dans la notion d'exaspération, il faut comprendre la violence comme une regrettable conclusion de situations inacceptables pour ceux qui les subissent. Alors, on peut se dire que le terrorisme est une forme d'exaspération. Et que cette exaspération est un terme négatif. Il ne faudrait pas ex-aspérer, il faudrait es-pérer. L'exaspération est un déni de l'espoir. Elle est compréhensible, je dirais presque qu'elle est naturelle, mais pour autant elle n'est pas acceptable. Parce qu'elle ne permet pas d'obtenir les résultats que peut éventuellement produire l'espérance.
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La non-violence,
le chemin que nous devons apprendre à suivre.
Je suis convaincu que l'avenir appartient à la non-violence, à la conciliation des cultures différentes. C'est par cette voie que l'humanité devra franchir sa prochaine étape. Et là, je rejoins Sartre, on ne peut pas excuser les terroristes qui jettent des bombes, on peut les comprendre. Sartre écrit en 1947 : « Je reconnais que la violence sous quelque forme qu'elle se manifeste est un échec. Mais c'est un échec inévitable parce que nous sommes dans un univers de violence. Et s'il est vrai que le recours à la violence reste la violence qui risque de la perpétuer, il est vrai aussi c'est l'unique moyen de la faire cesser 4. » À quoi j'ajouterais que la non-violence est un moyen plus sûr de la faire cesser. On ne peut pas soutenir les terroristes comme Sartre l'a fait au nom de ce principe pendant la guerre d'Algérie, ou lors de l'attentat des jeux de Munich, en 1972, commis contre des athlètes israéliens. Ce n'est pas efficace et Sartre lui-même finira par s'interroger à la fin de sa vie sur le sens du terrorisme et à douter de sa raison d'être. Se dire « la violence n'est pas efficace », c'est bien plus important que de savoir si on doit condamner ou pas ceux qui s'y livrent. Le terrorisme n'est pas efficace. Dans la notion d'efficacité, il faut une espérance non-violente. S'il existe une espérance violente, c'est dans la poésie de Guillaume Apollinaire : « Que l'espérance est violente » ; pas en politique. Sartre, en mars 1980, à trois semaines de sa mort, déclarait : « Il faut essayer d'expliquer pourquoi le monde de maintenant, qui est horrible, n'est qu'un moment dans le long déve- loppement historique, que l'espoir a toujours été une des forces dominantes des révolutions et des insurrections, et comment je ressens encore l'espoir comme ma conception de l'avenir 5
Il faut comprendre que la violence tourne le dos à l'espoir. Il faut lui préférer l'espérance, l'espérance de la non-violence. C'est le chemin que nous devons apprendre à suivre. Aussi bien du côté des
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oppresseurs que des opprimés, il faut arriver à une négociation pour faire disparaître l'oppression ; c'est ce qui permettra de ne plus avoir de violence terroriste. C'est pourquoi il ne faut pas laisser s'accumuler trop de haine.
Le message d'un Mandela, d'un Martin Luther King trouve toute sa pertinence dans un monde qui a dépassé la confrontation des idéologies et le totalitarisme conquérant. C'est un message d'espoir dans la capacité des sociétés modernes à dépasser les conflits par une compréhension mutuelle et une patience vigilante. Pour y parvenir, il faut se fonder sur les droits, dont la violation, quel qu'en soit l'auteur, doit provoquer notre indignation. Il n'y a pas à transiger sur ces droits.
Pour une insurrection pacifique
J'ai noté — et je ne suis pas le seul — la réaction du gouvernement israélien confronté au fait que chaque vendredi les citoyens de Bil'id vont, sans jeter de pierres, sans utiliser la force, jusqu'au mur contre lequel ils protestent. Les autorités israéliennes ont qualifié cette marche de « terrorisme non-violent ». Pas mal... Il faut être israélien pour qualifier de terroriste la non-violence. Il faut surtout être embarrassé par l'efficacité de la non-violence qui tient à ce qu'elle suscite l'appui, la compréhension, le soutien de tous ceux
qui dans le monde sont les adversaires de l'oppression.
La pensée productiviste, portée par l'Occident, a entraîné le monde dans une crise dont il faut sortir par une rupture radicale avec la fuite en avant du "toujours plus", dans le domaine financier mais aussi dans le domaine des sciences et des techniques. Il est grand temps que le souci d'éthique, de justice, d'équilibre durable devienne prévalent. Car les risques les plus graves nous menacent. Ils peuvent mettre un terme à l'aventure humaine sur une planète qu'elle peut rendre inhabitable pour l'homme.
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Mais il reste vrai que d'importants progrès ont été faits depuis 1948: la décolonisation, la fin de l'apartheid, la destruction de l'empire soviétique, la chute du Mur de Berlin. Par contre, les dix premières années du XXIe siècle ont été une période de recul. Ce recul, je l'explique en partie par la présidence américaine de George Bush, le 11 septembre, et les conséquences désastreuses qu'en ont tirées les Etats-Unis, comme cette intervention militaire en Irak. Nous avons eu cette crise économique, mais nous n'en avons pas davantage initié une nouvelle politique de développement. De même, le sommet de Copenhague contre le réchauffement climatique n'a pas permis d'engager une véritable politique pour la préservation de la planète. Nous sommes à un seuil, entre les horreurs de la première décennie et les possibilités des décennies suivantes. Mais il faut espérer, il faut toujours espérer. La décennie précédente, celle des années 1990, avait été source de grands progrès. Les Nations unies ont su convoquer des conférences comme celles de Rio sur l'environnement, en 1992 ; celle de Pékin sur les femmes, en 1995 ; en septembre 2000, à l'initiative du secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, les 191 pays membres ont adopté la déclaration sur les « Huit objectifs du millénaire pour le développement », par laquelle ils s'engagent notamment à réduire de moitié la pauvreté dans le monde d'ici 2015. Mon grand regret, c'est que ni Obama ni l'Union européenne ne se soient encore manifestés avec ce qui devrait être leur apport pour une phase constructive, s'appuyant sur les valeurs fondamentales.
Comment conclure cet appel à s'indigner ? En rappelant encore que, à l'occasion du soixantième anniversaire du Programme du Conseil national de la Résistance, nous disions le 8 mars 2004, nous vétérans des mouvements de Résistance et des forces combattantes de la France libre (1940-1945), que certes « le nazisme est vaincu, grâce au sacrifice de nos frères et soeurs de la Résistance et des Nations unies contre la barbarie
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fasciste. Mais cette menace n'a pas totalement disparu et notre colère contre l'injustice est toujours intacte 6 ».
Non, cette menace n'a pas totalement disparu. Aussi, appelons-nous toujours à « une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation de masse, le mépris des plus faibles et de la culture, l'amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. »
À ceux et celles qui feront le XXI' siècle, nous disons avec notre affection :
« CRÉER, C'EST RÉSISTER. RÉSISTER, C'EST CRÉER. »
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NOTES
1 Créé clandestinement le 27 mai 1943, à Paris, par les représentants des
huit grands mouvements de Résistance ; des deux grands syndicats d'avant-guerre : la CGT, la CFTC (confédération française des travailleurs chrétiens) ; et des six principaux partis politiques de la Troisième Ré- publique dont le PC et la SFIO (les socialistes), le Conseil national de la Résistance (CNR) tint sa première réunion ce 27 mai, sous la présidence de Jean Moulin, délégué du général de Gaulle lequel voulait instaurer ce Conseil pour rendre plus efficace la lutte contre les nazis, renforcer sa propre légitimité face aux alliés. De Gaulle chargeait ce conseil d'élaborer un programme de gouvernement en prévision de la libération de la France. Ce programme fit l'objet de plusieurs va et vient entre le CNR et le gouvernement de la France libre, à la fois à Londres et à Alger, avant d'être adopté le 15 mars 1944, en assemblée plénière par le CNR. Ce programme est remis solennellement au Général de Gaulle par le CNR le 25 août 1944, à l'hôtel de Ville de Paris. Notons que l'ordonnance sur la presse est promulguée dès le 26 août. Et qu'un des principaux rédacteurs du programme fut Roger Ginsburger, fils d'un rabbin alsacien ; alors, sous le pseudonyme de Pierre Villon, il est secrétaire général du Front national de l'indépendance de la France, mouvement de résistance créé par le Parti communiste français, en 1941, et représente ce mouvement au sein du CNR et de son bureau permanent.
2 D'après une estimation syndicaliste, on est passé de 75 à 80% du revenu comme montant des retraites à environ 50%, ceci étant un ordre de grandeur. Jean-Paul Domin, maître de conférence en Économie à l'Uni- versité de Reims Champagne-Ardennes, en 2010, rédige pour l'Institut Européen du Salariat une note sur « L'assurance maladie complémen- taire ». Il y révèle combien l'accès à une complémentaire de qualité est désormais un privilège dû à la position dans l'emploi, que les plus
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fragiles renoncent à des soins faute d'assurances complémentaires et de l'importance du reste à payer ; que la source du problème est de n'avoir plus fait du salaire le support des droits sociaux — point central des ordonnances des 4 et 15 octobre 1945. Celles-ci promulguaient la Sécurité sociale et plaçaient sa gestion, sous la double autorité des représentants des travailleurs et de l'État. Depuis les réformes Juppé de 1995 prononcées par ordonnances, puis la loi Douste Blazy (docteur de formation), de 2004, c'est l'État seul qui gère la Sécurité sociale. C'est par exemple le chef de l'État qui nomme par décret le directeur général de la Caisse nationale d'assurance maladie (CNAM). Ce ne sont plus comme aux lendemains de la Libération, des syndicalistes qui en sont à la tête des caisses primaires départementales mais l'État, via les préfets. Les représentants des travailleurs n'y tiennent plus qu'un rôle de conseiller.
3 La Déclaration universelle des droits de l'homme fut adoptée le 10 décembre 1948, à Paris, par l'Assemblée générale des Nations unies par 48 États sur les 58 membres. Huit s'abstinrent : l'Afrique du Sud, à cause de l'apartheid que la déclaration condamnait de fait ; l'Arabie saoudite, du même, à cause de l'égalité hommes femmes ; l'Union soviétique (la Russie, l'Ukraine, le Biélorussie), la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie, estimant quant à eux que la Déclaration n'allait pas assez loin dans la prise en compte des droits économiques et sociaux et sur la question des droits des minorités ; on note cependant que la Russie en particulier s'opposa à la proposition australienne de créer une Cour internationale des Droits de l'homme chargée d'examiner les pétitions adressées aux Nations unies ; il faut ici rappeler que l'article 8 de la Déclaration introduit le principe du recours individuel contre un État en cas de violation des droits fondamentaux ; ce principe allait trouver en Europe son application en 1998, avec la
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création d'une Cour européenne des droits de l'homme permanente qui garantit ce droit de recours à plus de 800 millions d'Européens.
4 Sartre, J.-P., « Situation de l'écrivain en 1947 o, in Situations II, Paris, Gallimard, 1948.
5 Sartre, J.-P., « Maintenant l'espoir... (III) » in Le Nouvel Observateur, 24 mars 1980.
6 Les signataires de l'Appel du 8 mars 2004 sont : Lucie Aubrac, Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Daniel Cordier, Philippe Dechartre, Georges Guingouin, Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimont, Lise London, Georges Séguy, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, Maurice Voutey.
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POSTFACE
Stéphane Hessel est né à Berlin, en 1917, d'un père juif écrivain,
traducteur, Franz Hessel, et d'une mère peintre, mélomane, Helen Grund, écrivaine elle-même. Ses parents s'établissent à Paris en 1924, avec leurs deux enfants, Ulrich, l'aîné, et Stéphane. Grâce au milieu familial, tous deux fréquentent l'avant-garde parisienne, dont le dadaïste Marcel Duchamp et le sculpteur américain Alexandre Calder. Stéphane entre à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm en 1939, mais la guerre interrompt ses études. Naturalisé français depuis 1937, il est mobilisé et connaît la drôle de guerre, voit le maréchal Pétain brader la souveraineté française. En mai 1941, il rejoint la France libre du général de Gaulle, à Londres. Il travaille au Bureau de contre-espionnage, de renseignement et d'action (BCRA). Par une nuit de fin mars 1944, il est débarqué clandestinement en France sous le nom de code « Greco » avec pour mission d'entrer en contact avec les différents réseaux parisiens, de trouver de nouveaux lieux d'émission radio pour faire passer à Londres les renseignements recueillis, en vue du débarquement allié. Le 10 juillet 1944, il est arrêté à Paris par la Gestapo sur dénonciation : « On ne poursuit pas quelqu'un qui a parlé sous la torture », écrira-t-il dans un livre de mémoires, Danse avec le siècle, en 1997. Après des interrogatoires sous la torture — l'épreuve de la baignoire notamment, mais il déstabilise ses tortionnaires en leur parlant allemand, sa langue natale — il est envoyé au camp de Buchenwald, en Allemagne, le 8 août 1944, donc à quelques jours de la libération de Paris. A la veille d'être pendu, il parvient in extremis à échanger son identité contre celle d'un français décédé du typhus dans le camp. Sous son nouveau nom, Michel Boitel, fraiseur de métier, il est transféré au camp de Rottleberode à proximité de l'usine de train d'atterrissage des bombardiers allemands, les Junker 52, mais heureusement — sa chance éternelle —, il est versé au service comptabilité. Il s'évade. Repris, il est déplacé au camp de
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Dora où sont fabriquées les V-1 et V-2, ces fusées avec lesquelles les nazis espèrent encore gagner la guerre. Affecté à la compagnie disciplinaire, il s'évade à nouveau et cette fois pour de bon ; les troupes alliées se rapprochent de Dora. Enfin, il retrouve Paris, sa femme Vitia — la mère de ses trois enfants, deux garçons et une fille.
Cette vie restituée, il fallait l'engager », écrit l'ancien de la France libre, dans ses mémoires. En 1946, après avoir réussi le concours d'entrée au ministère des Affaires étrangères, Stéphane Hessel devient diplomate. Son premier poste est aux Nations unies où, cette année-là, Henri Laugier, secrétaire général adjoint des Nations unies et secrétaire de la Commission des droits de l'homme, lui propose d'être son secrétaire de cabinet. C'est à ce titre que Stéphane Hessel rejoint la commission chargée d'élaborer ce qui sera la Déclaration universelle des Droits de l'homme. On considère que sur ses douze membres, six ont joué un rôle plus essentiel : Eleanor Roosevelt, la veuve du Président Roosevelt décédé en 1945, féministe engagée, elle préside la commission ; le docteur Chang (Chine de Tchang Kaïchek et non de Mao) : vice- président de la commission, il affirma que la Déclaration ne devait pas être le reflet des seules idées occidentales ; Charles Habib Malik (Liban), rapporteur de la commission, souvent présenté comme la force motrice », avec Eleanor Roosevelt ; René Cassin (France), juriste et diplomate, président de la commission consultative des Droits de l'homme auprès du Quai d'Orsay ; on lui doit la rédaction de plusieurs articles et d'avoir su composer avec les craintes de certains États, y compris la France, de voir leur souveraineté coloniale menacée par cette déclaration — il avait une conception exigeante et interventionniste des Droits de l'homme ; John Peters Humphrey (Canada), avocat et diplomate, proche collaborateur de Laugier, il écrivit la première ébauche, un document de 400 pages ; enfin Stéphane Hessel (France), diplomate, chef de cabinet du même Laugier, le plus jeune. On voit combien l'esprit de la France
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libre souffla sur cette commission. La Déclaration est adoptée le 10 décembre 1948 par les Nations unies au palais de Chaillot, à Paris. Avec l'afflux de nouveaux fonctionnaires, dont beaucoup convoitent un poste bien rémunéré, « isolant les marginaux en quête d'idéal » selon le propre commentaire d'Hessel dans ses mémoires, il quitte les Nations unies. Il est affecté par le ministère des Affaires Étrangères à la représentation de la France au sein d'institutions internationales, l'occasion de retrouver temporairement, à ce titre, New York et les Nations unies. Pendant la guerre d'Algérie, il milite en faveur de l'indépendance algérienne. En 1977, avec la complicité du secrétaire général de l'Élysée, Claude Brossolette, le fils de Pierre, chef autrefois du BCRA, il se voit proposer par le président Valéry Giscard d'Estaing le poste d'ambassadeur auprès des Nations unies, à Genève. Il ne cache pas que, de tous les hommes d'État français, celui dont il s'est senti le plus proche est Pierre Mendès France, connu à Londres à l'époque de la France libre et retrouvé aux Nations unies en 1946 à New York, où ce dernier représente la France au sein du Conseil économique et social. Il va devoir sa consécration comme diplomate à « cette modification dans le gouvernement de la France, écrit-il encore, que constitue l'arrivée de François Mitterrand à l'Élysée », en 1981. « Elle a fait d'un diplomate assez étroitement spécialisé dans la coopération multilatérale, arrivé à deux ans de sa retraite, un ambassadeur de France. » Il adhère au parti socialiste. « Je me demande pourquoi ? Première réponse : le choc de l'année 1995. Je n'imaginais pas les Français assez imprudents pour porter Jacques Chirac à la présidence. » Disposant désormais d'un passeport diplomatique, il se rend avec sa nouvelle femme en 2008 et 2009 dans la bande de Gaza et à son retour témoigne sur la douloureuse existence des Gazaouis. « Je me suis toujours situé du côté des dissidents, déclare-t-il à la même époque. »
C'est bien celui-là qui parle ici, à 93 ans. S. C.
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Prenez garde aux arnaques!!!

Pour ne plus vous faire arnaquer, voici un lien utile pour vous informer:
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Choisissez une des arnaques et dites comment éviter de se faire arnaquer. J´attends vos commentaires!!!

martes, 14 de marzo de 2017

Le puzzle d´Éric-Emmanuel Schmitt

Les élèves d´intermédiaire 2 ont fait un immense puzzle pour reconstituer l´interview accordée à Éric-Emmanuel Schmitt à propos d´Odette Toulemonde. Bravo à vous tous!!!

Voici l´interview et des photos souvenir!!!


Entretien avec Eric-Emmanuel Schmitt, réalisateur d'Odette Toulemonde'


1. Alors que vous n'avez jamais accepté de mettre en scène vos pièces de théâtre, vous vous lancez dans l'aventure du cinéma avec Odette Toulemonde. Est-ce un rêve que vous réalisez ?

Quand j'avais dix ans et qu'on me demandait ce que je voulais faire, je répondais : « Walt Disney » ! Pour moi, cela voulait dire cinéaste parce que je n'avais pas encore affiné mon analyse et qu'à l'époque, je ne voyais que des dessins animés. Après, je ne sais pas pourquoi, je n'ai pas donné libre accès à ce désir. Je l'ai toujours mis de côté, cela me paraissait au-delà de mes limites.

2. Quels sont les films et les cinéastes qui ont eu une influence sur votre vie ?

Le jour où j'ai pris conscience que le cinéma était un art, j'avais quinze ans et je venais de voir Orphée de Jean Cocteau. Ce film m'a ébloui et je n'ai cessé de le revoir. J'ai aimé cette histoire à la fois métaphysique et poétique mais j'étais aussi en admiration devant les effets spéciaux. À partir de ce jour-là, je me suis pris d'une passion pour le cinéma qui oscillait entre des auteurs comme Cocteau et des grands réalisateurs de comédie. J'ai aimé Ophuls, Lubitsch... To be or not to be est un film que je connais par coeur ! Parmi les cinéastes contemporains, j'éprouve une grande admiration pour Jaco Van Dormael. Toto le héros et Le Huitième jour sont des chefs d'oeuvres absolus. En fait, c'est parce que j'aimais des metteurs en scène que je me suis interdit de faire des films. J'ai toujours estimé que je n'en étais pas un.

3. Et quel a été le déclic qui vous a incité à passer à la mise en scène ?

C'est grâce à Yann Moix. Il allait tourner Podium et, sincèrement, je n'étais ni jaloux, ni envieux, au contraire, j'étais très content pour lui qu'il fasse son film. Il m'a demandé : « Et pourquoi tu n'en fais pas un ? » Je lui ai répondu : « Parce que j'en suis bien incapable ! » Et là, il a prononcé cette phrase : « S'il y a bien une personne qui connaît l'univers d'Eric-Emmanuel Schmitt, c'est Eric-Emmanuel Schmitt ! » C'était tout bête mais ces mots ont provoqué un déclic. Je me suis dit : « C'est vrai, s'il y a quelqu'un qui connaît mon univers, c'est moi. » J'ai parfois ressenti un sentiment d'insatisfaction en voyant certaines mises en scène de mon texte au théâtre ou au cinéma car ce n'était pas complètement « juste » selon moi. Sur le tournage, mon obsession a été de trouver ce qui est « juste » : le mouvement de caméra juste, l'inflexion juste, le silence juste…

4. Est-ce que vous aviez déjà en tête l'histoire d'Odette Toulemonde avant de penser à la réalisation ?

En fait, cette histoire a une base presque autobiographique. Lors d'une tournée en Allemagne au bord de la mer baltique, je faisais une signature et une conférence dans un théâtre plein à craquer et, pourtant, j'étais triste. C'était le jour de mon anniversaire, personne ne le savait et je me trouvais loin de chez moi. Une lectrice m'a alors tendu une lettre. Endimanchée, elle s'était faite trop coquette pour l'occasion…
A travers l'enveloppe, j'ai senti qu'il y avait un coeur en mousse à l'intérieur : j'ai vérifié, il y en avait bien un ! Même si je l'ai remerciée, je l'ai très mal pris parce que son présent était kitsch, parce qu'elle n'avait pas les mêmes goûts que moi ; je ne comprenais pas comment elle pouvait aimer mes livres. Au fond - j'ose le dire - j'avais presque honte d'avoir une admiratrice comme elle…

5. C'est un peu le problème de Balthazar Balsan lorsqu'il dit qu'il écrit pour des caissières et des coiffeuses…

Voilà ! En fait, cette lectrice ne disposait que d'un langage kitsch pour exprimer son affection et moi, je ne voyais que le kitsch au lieu d'apercevoir la générosité et l'humanité que recelait cette femme. Sur le coup, j'ai réagi en bon français, bien critique, avec ce mépris moqueur pour le goût des autres. Une heure après, seul dans ma chambre d'hôtel, triste, mélancolique, j'ai ouvert cette lettre. Elle était très belle et ce coeur que je trouvais ridicule, je l'ai mis contre ma poitrine et l'ai gardé presque toute la nuit sur moi.

6. Et vous êtes aussi allé chez elle ?

Non, l'histoire s'arrête là ! Mais, ce jour-là, j'ai compris que ce qui compte c'est l'authenticité du sentiment. Et lorsque je suis rentré, je me suis dit que c'était le début d'une histoire. Alors faute de vivre l'histoire, je l'ai écrite…

7. D'où vient le nom d'Odette Toulemonde ?

C'est une inspiration ! Quand j'ai jeté à Gaspard de Chavagnac, le producteur, et à Bruno Metzger, le directeur artistique, que le personnage pourrait s'appeler Odette Toulemonde, ils ont tellement ri que je me suis dit que j'allais garder ce nom-là. C'est même devenu le titre. Toulemonde est un nom assez répandu dans le nord de la France et en Belgique.

8. Comment définiriez-vous Odette ?

C'est une femme qui a comme un jazz band à l'intérieur d'elle-même, c'est-à-dire qu'elle possède la joie. Cette joie lui permet de traverser la vie, d'oublier ce qui peut être trop douloureux - ou de croire qu'elle peut l'oublier. Depuis la mort de son mari, elle a supprimé son corps. En fait, Odette va rendre son âme à Balthazar et Balthazar va rendre son corps à Odette. C'est l'échange du film. C'est pour cela qu'ils forment un couple à la fin. Ils se rejoignent à la fois dans l'amour et dans l'imaginaire.

9. Elle a une vision très juste de ses enfants…

Oui, elle trouve qu'il est plus grave d'avoir une fille de mauvaise humeur qu'un fils homosexuel. Elle a un vrai sens des valeurs : si son fils est heureux, elle est heureuse, et si elle sent que sa fille n'est pas heureuse, elle s'inquiète et essaie d'intervenir en douceur dans son destin.

10. En fait, le quotidien d'Odette n'est pas très drôle…

Elle ne voit que ce qu'il y a de beau dans son quotidien, elle a le sens de l'étonnement, de l'émerveillement. Elle demeure attentive aux autres comme on peut le voir dès la première scène avec cette cliente battue qui reviendra au milieu du film. Pourtant, elle mène une vie difficile parce qu'elle n'a pas beaucoup d'argent ; elle pratique deux métiers : le jour, elle est vendeuse au rayon maquillage d'un grand magasin et, la nuit, elle est
plumassière.

11. Pourquoi plumassière ?

Parce que le film est la rencontre d'un homme de plume et d'une femme de plume ! En réalité, plumassière est un métier qui me fascine, comme beaucoup de métiers artisanaux. Il est devenu très rare, il n'en reste plus que deux à Paris. Pour Odette, le fait de coudre des plumes et de fabriquer des costumes fastueux, c'est aussi sa manière de s'évader. À l'intérieur d'elle-même, résonne cette joie de vivre incarnée par Joséphine Baker dont elle connaît toutes les chansons et qui est comme sa voix intérieure.

12. Ce qui la rend heureuse en tout cas, c'est un auteur : Balthazar Balsan.

Je pense qu'elle détient le secret du bonheur de façon innée mais elle s'est convaincue qu'elle le doit à cet homme parce que ses romans lui font du bien. Pendant le deuil de son mari, il ne lui restait sans doute que les livres de cet homme pour garder tendu le fil vivant qui la reliait à l'existence. Elle estime qu'elle a une dette, qu'elle doit le lui dire. Finalement, elle va pouvoir payer cette dette au-delà de ce qu'elle espérait.

13. Avez-vous déjà connu ce genre de relations avec certains lecteurs ?

Oui, j'ai eu beaucoup de témoignages de ce genre : ils me bouleversent. Faire du bien, c'est ce dont on n'ose pas rêver au plus profond de l'acte d'écrire. Les gens vous l'expriment parfois avec des lettres magnifiques qui donnent des larmes, parfois de façon drôle comme une dame récemment à Bruxelles qui est rentrée dans la librairie où je signais et qui a utilisé l'expression : « Moi, quand je n'ai pas le moral, je me Schmitt ! Et d'ailleurs je Schmitt toutes mes amies ! » Pour certains textes comme Oscar et la dame rose qui raconte l'accompagnement d'un enfant malade d'une façon joyeuse et courageuse, les gens ne me disent pas bravo mais merci. C'est la plus belle récompense pour un écrivain. Cela signifie que l'on a pénétré dans une zone où l'on sert peut-être à quelque chose, qu'on a dépassé le moment où l'on n'obtient que des satisfactions
narcissiques.

14.Parlons de cet écrivain, Balthazar Balsan.

Lui, il est encore trop narcissique !

15. C'est un auteur à succès qui n'assume pas d'être populaire…

On suppose qu'un auteur populaire fait exprès d'être populaire mais il est l'auteur de son livre, pas de son succès. C'est le public qui est l'auteur de son succès. Tout est faussé quand on soupçonne un auteur d'être sciemment populaire. Au milieu de son existence, malgré la faveur de gens, Balthazar Balsan n'a plus confiance en lui. Il ne trouve plus ses marques. Quoique ses livres ne contiennent pas de clichés, sa vie en est pleine. Des clichés du bonheur qu'il a emprunté sans s'interroger…

16. Que sont ces clichés du bonheur ?

Être riche, avoir du succès, posséder un grand appartement à Paris, une voiture chic, une femme belle et valorisante que l'on peut sortir partout… Il a collectionné tous les signes de la réussite mais, au fond, il a échoué : rien de tout cela ne correspond à son identité profonde. Lorsqu'on apprend que, d'une origine simple, il vient de la DDASS, on comprend qu'il s'est d'abord construit sur le modèle de la revanche sociale : il a emprunté des modèles préfabriqués du bonheur et de la réussite pour trouver sa place dans la société puisqu'il n'a pas eu de famille. Cependant, Odette va lui permettre de retrouver son vrai centre et de chercher ce qui réellement le rend heureux. Le paradoxe, c'est que celle qui le rend heureux n'est pas forcément la plus belle ni la plus sexy. Certes, Odette est ravissante, gracieuse et bouge merveilleusement bien mais il y a toujours plus belle à côté, plus jeune, plus valorisante. Or c'est elle qui emporte le morceau. Il fallait qu'il descende aux enfers pour s'en rendre compte. Ce film, c'est l'histoire d'une femme qui repêche un homme.

17. Dans une scène, Balthazar dit : « J'ai passé plus de temps à signer mes livres qu'à les écrire ». C'est un message que vous faites passer ?

C'est un aveu ! Je fais des tournées dans de nombreux pays pour signer mes livres avec parfois des queues d'une heure et demie pour arriver à avoir une signature… Les gens arrivent épuisés devant vous et n'ont même pas quinze secondes… C'est frustrant pour tout le monde !

18. Il n'y a donc pas beaucoup de points communs entre Balthazar Balzan et Eric-Emmanuel Schmitt ?

Je me sens autant Odette que Balthazar. Je pense que le bonheur que j'ai éprouvé en faisant ce film a été de laisser parler cette joie de vivre que j'ai en moi, que je peux parfois exprimer sous une forme philosophique et métaphysique mais jamais en son, en image et en mouvement. Grâce à la rencontre avec Catherine Frot capable de porter un personnage comme celui-là, grâce au cinéma, j'ai l'impression d'avoir été beaucoup plus moi-même. Cela me ressemble plus que beaucoup de choses que j'ai faites parce qu'il y a cette espèce de bonheur de vivre que je n'ai jamais su exprimer ailleurs. J'ai des naïvetés et des candeurs comme celles d'Odette et j'ai des moments de déprime et des ambitions comme Balthazar.

19. La rencontre entre Odette et Balthazar se fait en plusieurs étapes…

Déjà, ce qui m'amusait, c'était de faire se rencontrer ces personnages sans qu'ils se rencontrent ! Ils se voient plusieurs fois avant qu'il ne la remarque. Car elle ne fait pas partie des femmes auxquelles il prête attention, habitué à éprouver de brusques attirances sexuées pour les femmes. Odette ne provoque pas ça en lui. Il met du temps à se rendre compte qu'elle est jolie et qu'il a envie de l'embrasser. Elle l'aime d'un amour inconditionnel mais pas sexué non plus. Elle est pétrifiée d'admiration, fascinée par lui et, en même temps, elle le connaît intimement. Ce qui n'est pas son cas à lui. Je vis souvent cette disproportion lors des rencontres avec mes lecteurs : eux me connaissent intimement puisqu'ils me lisent alors que moi je ne les connais pas du tout… Ce déséquilibre fait qu'ils savent souvent beaucoup mieux me parler que je ne sais leur parler.

20. Comment avez-vous choisi Catherine Frot et Albert Dupontel ?

Quand j'ai fini d'écrire l'histoire, je me suis demandé : « Alors qui ? » Dupontel s'est imposé tout de suite dans ma tête parce que c'est un acteur que j'avais remarqué depuis Un héros très discret. Je le trouve complètement original, capable de tout, avec une démesure, une fantaisie… C'est un acteur qui me passionne. Je voulais lui faire jouer un clown triste parce qu'il ne l'avait pas fait et je savais qu'il en était capable. Pour moi, c'est un vrai corps de cinéma, Albert, il est expressif de dos, de face, de côté, de haut, de bas, il joue avec tout son corps comme les meilleurs américains. Notre rencontre était assez drôle puisque lui se disait que je ne le connaissais pas vraiment et moi qu'il ne me connaissait pas non plus. Or nous avons découvert que j'avais vu presque tout ce qu'il avait fait et qu'il avait lu la plupart de mes livres ! En fait, on se désirait en secret. Avec un grand courage, il s'est mis entre mes mains pour descendre dans ses zones de fragilité, d'étonnement amoureux et de naïveté qui sont dures à assumer pour un homme. Nous avons vraiment travaillé dans une harmonie parfaite.

21. Et Catherine Frot ?

J'ai pensé à elle parce qu'elle résolvait une équation : je rêvais qu'Odette soit à la fois drôle et jolie. Drôle sans que l'on se moque d'elle, donc je devais éviter les actrices purement comiques qui chargent la barque dans le ridicule. Jolie or les actrices jolies sont rarement drôles. C'est presque le raisonnement qui m'a d'abord conduit à Catherine ! Heureusement qu'elle m'a dit oui car elle m'a ébloui. Pendant le tournage, nous étions tous complètement « babas » tant elle s'est emparée de cette Odette. Vive, joyeuse, émouvante, gracieuse, prête à toutes les cascades, elle nous enchantait. De plus, chaque semaine, elle venait me remercier de lui avoir donné ce personnage. Et, croyez-moi, cela met vraiment de bonne humeur !

22. Quelles sensations avez-vous ressenti en voyant Odette incarnée par Catherine Frot ?

Elle était mieux que je ne pensais ! Avec Catherine, il y a de la poésie et du décalage. Beaucoup de femmes n'osent pas avoir ces yeux qui rêvent, cette candeur, cette énergie… Elle me fait penser à un Jacques Villeret en femme. On les aime parce qu'ils sont toujours au bord du ridicule mais du bon côté du bord… et ils ne tombent jamais dedans. Je regrette d'avoir commencé le cinéma trop tard sans avoir pu travailler avec Villeret.

23. En quoi est-ce agréable de diriger des acteurs ?

On ne dirige pas des acteurs, on justifie les intentions avant de jouer, on explique tout pour montrer que l'écriture n'est pas gratuite puis on les regarde avec affection en attendant le meilleur. Par exemple, le moindre soupir dans la scène de la gifle était écrit ; il n'y a eu aucune improvisation sur le plateau, tout a été fait au scalpel. Diriger, c'est surtout donner confiance. Quand on les couve avec un oeil exigeant et bienveillant, les comédiens sont prêts à accomplir des prouesses.

24. Quand Odette est heureuse, elle s'envole et cela donne des scènes assez oniriques. Etait-ce une idée de mise en scène que vous aviez dès le départ ?

En fait, c'est une idée d'écrivain. Toutes les métaphores et les images de l'écriture, j'en faisais des images de cinéma. Quand elle est heureuse, elle s'envole. Quand elle est dans son bain et qu'elle s'imagine dans une forêt vierge, la forêt apparaît… J'ai filmé beaucoup plus de fantaisies comme cela pendant le tournage mais, au montage, j'ai dû me limiter pour garder la crédibilité de l'histoire.

25. L'aspect technique du film a t-il été une angoisse ?

Non, j'avais une équipe concernée et généreuse. Comme j'étais débutant, le producteur et Pathé m'ont fait un casting d'enfer de techniciens et j'ai rencontré plusieurs chefs opérateur, plusieurs décorateurs, plusieurs premiers assistants… Je ne les ai pas choisis en fonction de leurs compétences - car ils étaient tous canons - mais en fonction de leurs qualités humaines ; en songeant que j'allais passer six mois avec eux. J'ai pris des gens que cela enchantait d'être sur le premier film d'un écrivain. Conclusion, c'était une équipe efficace, active et créative.

26. La musique tient une place importante dans le film. Quelles indications avez-vous donné à Nicola Piovani pour obtenir cette musique légère qui colle parfaitement ?

Je savais depuis des années que si je faisais un film, ce serait avec la musique de Nicola Piovani.

27. Pourquoi ?

Parce que j'ai vu tout ce qu'il a fait avec les frères Taviani, Nanni Moretti, Roberto Benigni… Il a orchestré tout le cinéma italien, surtout ces films à la fois intellectuels et populaires qui osent avoir des personnages simples. Je pense aux rôles que jouait Sophia Loren, des personnages avec un grand coeur. Et Nicola a un grand coeur expansif. Il est à la fois généreux, populaire et raffiné.

28. Vous avez déclaré : « Je suis le réalisateur qui veut rentrer chez lui le soir.» Est-ce pour cette raison que vous avez tourné en Belgique ?

Oui, je suis un gros paresseux ! En fait, j'étais effrayé par les responsabilités que j'avais dans ce film. La responsabilité d'une équipe, de tenir le projet artistique… Rentrer chez moi le soir à Bruxelles n'était pas un caprice ! C'était simplement pour avoir la force de faire les choses. J'avais vraiment peur de ne pas tenir le coup physiquement et, psychiquement, je voulais mériter la confiance des acteurs et de l'équipe. Je me suis senti en dette sur ce tournage. En « dette », comme Odette ! C'est une relation un peu bête mais dynamique qui consiste à essayer de mériter ce qu'on vous donne.

29. Vous avez réuni plusieurs acteurs belges…

Oui, les enfants de Catherine Frot font leurs premiers pas au cinéma. Et dans tous les petits rôles, il y a de grands acteurs de théâtre qui sont venus par amitié pour moi. Par exemple, dans la scène du bus, apparaît Jacqueline Bir, la grande dame du théâtre belge qui avait joué Oscar et la dame rose. C'est aussi le résultat de ma vie de théâtre et de mes rapports avec les gens.

30. Le livre Odette Toulemonde et autres histoires (Editions Albin Michel) est sorti en novembre. A-t-il été écrit avant ou après le scénario ?

Normalement, un livre donne un film, là c'est un film qui a donné un livre ! J'étais en train d'écrire un gros livre avant que le film ne commence. On m'a fait signer un contrat qui m'interdisait les sports violents et l'écriture. Cela m'a tellement énervé que, sur le tournage et pendant le montage, dès que j'avais un moment de libre, j'écrivais des nouvelles qui sont maintenant dans le recueil. Et quand le film a été fini, je me suis dit que j'allais écrire celle du film. Elle est donc légèrement différente du film parce que je n'utilise pas le même moyen d'expression.

31. Pensez-vous que le film pourrait aider certaines personnes comme Odette avec Balthazar ?

Je n'ai pas cette prétention mais j'ai ce rêve au fond de moi. Il s'agit de libérer la joie vitale que nous possédons au fond de nous et que la vie sociale nous oblige parfois à taire. Le bonheur, c'est une question de regard, comme le regard que porte cette femme sur cet homme. Et celui que porte cet homme sur cette femme fait que de nouveau le bonheur est possible.


lunes, 20 de febrero de 2017

Bilan rédaction examen blanc int.2



Sujet : 
vous participez à un forum d´un journal pour donner votre avis sur les nouveaux modes de comportement « solidaires ».


INTRO :
Bonjour à tous les lecteurs !
Je viens de lire votre article et j´aimerais donner mon avis sur ce sujet. De nos jours, nous utilisons de plus en plus les sites d´échange, de rencontre, nous sommes moins individualistes. J´aborderai dans un premier temps les causes de ce changement, puis parlerai des réseaux sociaux qui nous ont aidés à faire du lien et finirai en citant des exemples d´initiatives solidaires.

1.         Cause : la crise (chômage, précarité / nouveau mode de consommation pour économiser, dépenser moins, faire des affaires, se rendre service, s´entraider).
2.         Les réseaux sociaux, plateformes aident à nous mettre en contact avec les autres, à partager, c´est pratique et rapide, nous agissons, communiquons (même si parfois il faut prendre garde)
3.         Les exemples : troc de savoirs, échange de maisons, vente aux enchères, vente d´occasion, bénévolat, recyclage, bricolage, entraide entre générations…


LANGUE :

Avec les réseaux sociaux, nous communiquons davantage.
Nous avons tous…
par exemple
beaucoup DE, de plus en plus DE
intéressant
agir / réagir
rendre service à quelqu´un
aider quelqu´un / rencontrer qqun
Cela nous rend heureux.
cette femme, ce matin, cet homme mais CES femmes, genres, hommes.
Notre fils, notre fille / NOS enfants.
así como : AINSI QUE
LES gens pensent que.
Tout le monde croit que.

Personne ne croit que…